10.05.2009
Expérience de relecture
Histoire de vérifier si mes souvenirs de lecture de lycée étaient de vrais souvenirs ou s'ils résultaient d'un processus de reconstruction, j'ai ressorti de ma bibliothèque, sans trop savoir pourquoi, le roman dont j'aimais à dire qu'il avait été le coup de cœur de mon année de première,le Journal d'un curé de campagne, de Bernanos (en même temps, je le concède volontiers, vu le programme du bac de français de cette année-là, si on voulait quelques découvertes et coups de cœur littéraires, il fallait aller les chercher hors du programme, par exemple dans les propos de ma prof de français de l'époque, grande admiratrice de Bernanos – et de Proust).
J'ai donc fourré le livre dans mon sac et ai profité de mes trajets en bus pour me replonger dedans.
C'est là que ça a commencé à se gâter. Dès les premières pages, je me suis demandé ce qui avait donc pu implanter dans ma mémoire le souvenir d'une lecture tellement bouleversante que je ne pouvais que la recommander à tout le monde, ce que je faisais, et, au bout d'un moment, j'avais l'impression de m'ennuyer ferme. J'appréciais les efforts de ce jeune et brave curé dans un environnement un peu hostile, mais les (longues) discussions qu'il pouvait avoir avec ses paroissiens (et ses paroissiennes) me lassaient un peu, à force, si bien qu'à un moment, je n'avais qu'une envie, arriver à la fin du livre pour conclure qu'il fallait que j'arrête de me fier aux impressions de lecture de mon adolescence. Quelques épisodes m'avaient touchée, certes, comme la mort du docteur ou celle de la comtesse (mais comme je trouvais que ça traînait en longueur dans les efforts de ce curé pour ramener la dite comtesse dans le droit chemin, j'avais failli passer à côté).
À la fin, notre curé se découvre une grave maladie (avant de me rappeler que Google est mon ami, j'avais oublié qu'il s'agissait d'un cancer de l'estomac, c'est dire à quel point j'étais en train de passer en mode « lecture accélérée »). Je commençais à arriver à saturation, avec une furieuse envie d'accélérer pour finir ma lecture et conclure que, oui, c'était un bon livre, mais que le coup de cœur, lui, avait vécu.
Il suffit de peu de choses pour changer le point de vue d'un lecteur sur un livre. Il m'a suffit de quelques lignes (même pas quelques pages, quelques lignes), les dernières de l'œuvre, celles qui auraient dû me faire pousser un ouf de soulagement. Au lieu de ça, je suis repartie en arrière, pour mieux apprécier à quel point Bernanos avait soigneusement préparé son petit effet. C'est dire à quel point j'ai été soufflée par ce dénouement inattendu (enfin, pas pour tous, mais pour moi, il l'était).
Impression de lecture confirmée, sans doute pas pour les mêmes raisons, mais je pourrai continuer à recommander la lecture du Journal d'un curé de campagne.
Et pour ceux qui voudraient savoir quelles seront mes prochaines expériences de relecture (sérieuse, s'entend, parce que je suis championne de la relecture détente, demandez à mon mari), il faudrait que je les case entre deux expériences de lecture, vu que la liste des livres à lire s'allonge de jour en jour, mais que les journées, elles, ne s'allongent pas.
16:20 Publié dans Notes de lecture | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bernanos, journal d'un curé de campagne, ennui, passion, relecture, étonnement, admiration


