15.05.2009

Promenades bourbonnaises

Il y a deux semaines, nous sommes partis en week-end dans le Bourbonnais (j'aurais pu dire dans l'Allier, mais dire « le Bourbonnais », ça fait plus chic, plus historique). J'entends déjà la question « mais qu'alliez-vous faire là-bas, alors qu'il y en France tant d'autres régions à visiter ? ». En fait, quand on prend la peine de s'y intéresser, l'Allier est un très beau département, offrant de nombreuses occasions de promenades et de visites.

C'est de ces visites que je voudrais parler. Comme à chaque fois que nous partons sur les routes de France, mon mari souligne sur la carte Michelin les châteaux et les églises à voir dans le coin. Comme château, donc, Hérisson, dont il ne reste malheureusement que des ruines, mais qui fait l'objet d'un programme européen de restauration, et qui offre un point de vue sublime sur les alentours, ce qui nous fait regretter de ne pas pouvoir monter tout en haut des tours qui surplombaient à l'époque le pays, et qui offraient certainement un panorama encore plus riche. Bourbon-l'Archambault, ensuite, que nous n'avons malheureusement pas pu visiter, pris par le temps, et par un programme assez riche, mais dont les trois tours Nord (les seules qui subsistent aujourd'hui parmi les quinze d'origine) en mettent plein la vue.

Mais c'est surtout d'une église que je voudrais parler. On s'attendrait à ce que je site Souvigny, très beau site clunisien qui, lui, est resté intact. Eh bien non. Nous n'avons pas pu visiter Souvigny, pour cause de restauration. Nous aurions pu visiter les jardins de l'ancienne église prieurale et le musée qui met en valeur l'édifice, mais, là encore, le temps nous pressait. Il nous aurait fallu beaucoup plus que deux jours et demi pour goûter toutes les richesses du Bourbonnais. Je parlerai donc de Saint-Menoux. Les vieux bourbonnais connaissent tous Saint-Menoux, et surtout son débredinoire (mon mari, à moitié bourbonnais, me jure qu'on dit « le » débredinoire, et non pas « la » débredinoire, comme c'est écrit un peu partout, sur les panneaux routiers et sur le site Internet de l'Office de Tourisme). Son débredinoire, donc, qui sert à débrediner les gens, à les rendre moins bredins, moins fous, moins simples d'esprit.

Pourquoi un débredinoire à Saint-Menoux? Une légende veut qu'un bredin, fidèle serviteur de saint Menuphle (saint Menoux), ait perçé un trou dans le flanc du sarcophage de son défunt maître pour l'honorer une dernière fois, et en soit ressorti débrediné. La dévotion populaire a fait le reste et le village est devenu un lieu de pélerinage. Qui dit lieu de pélerinage dit construction d'une église. Et quelle église!

Le sacré, ça ne se définit pas, ça s'expérimente, et, à Saint-Menoux, j'ai ressenti tout ce que l'art roman avait de sacré, dans ses proportions, dans l'élévation des bâtiments, dans son esthétique, dans ses ornements. Toute la différence entre art religieux et art sacré est là. L'art sacré, c'est l'art religieux qui fait ressentir une présence, un souffle, une grandeur, c'est l'art qui nous rappelle à chaque instant son but: que tout dans l'oeuvre achevée chante les louanges de Dieu.

La construction de l'église de Saint-Menoux a commencé il y a presque mille ans, et mille ans après, l'église est toujours remplie du souffle artistique, de l'inspiration divine de ses bâtisseurs.